La mort d’un enfant. Un sujet qui empoigne les tripes, tourne un peu vers la gauche, puis vers la droite, pour s’assurer qu’elles sont bien accrochées. D’autant qu’Eva Kavian, auteure d’« On ne parle pas de ça », ne ménage pas son lectorat en multipliant la peine par quatre : quatre jeunes décèdent dans ce court roman, laissant leur entourage hébété, et surtout leurs parents « orphelins » (le mot pour désigner un parent qui survit à son enfant resterait encore à trouver, allez hop hop hop, au boulot les gens).

Je vous entends d’ici mes coquinous : « la mort de quatre enfants, ohlalalalaaa, ça pue le tire-larmichettes facile ça, taïaut ». Sauf que pas du tout. Eva Kavian est une routarde, le « sujet qui gratte bien abordé franco mais avec finesse quand même non-mais-oh on n’est pas des brutes ici » est l’une de ses marques de fabrique (voir « Ma mère à l’Ouest », ou « Premier chagrin », ou « La dernière licorne »…). Ici, elle fait de nouveau mouche. « On ne parle pas de ça » secoue le corps et élargit le regard. Son rythme vif, nerveux, ballotte le lecteur comme une boule de flipper (qui rouuule… oups). Sa narration distanciée, jouant autant avec les codes qu’avec le lecteur, et son humour, politesse désespérée, ménagent d’intelligentes et fort appréciables zones de décompression :

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Comment parler de l’imparlable, cette douleur immense à traîner au quotidien ? Eva Kavian le fait par petites touches, à travers des personnages assez banals pour frôler l’universel, assez particuliers pour faire leur vie dans le dos de l’auteure et s’adresser directement au lecteur… « On ne parle pas de ça » mais, tout, les gestes, les regards, ne font qu’en parler. Sur ce, ça suffit, j’arrête moi-même d’en parler et je vous invite à lire ce beau roman.

> Eva Kavian, On ne parle pas de ça (éd. Oskar) <

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